Vivre des relations épanouissantes

 

  • Vous repartez souvent déçu après une rencontre ou un moment d’échange.
  • Vous avez la sensation d’être passé à côté de quelque chose, malgré vos efforts, votre envie de partager…
  • Vous vous retrouvez souvent dans des relations déséquilibrées.
  • Vous êtes entouré de personnes avec lesquelles vous vous ennuyez ou que vous ne voulez plus fréquenter.

Les relations qui engendrent des frustrations répétées, créent des incompréhensions et une déstabilisation intérieure. Se retrouver « face » à l’autre devient un enjeu, dans lequel se développe le fait de « sur-jouer » la relation ou au contraire de la fuir. Que cela soit un surinvestissement ou un évitement, vous ressentez fatigue, déception et confusion.

Je vous propose de comprendre les principaux mécanismes qui entravent une relation saine et comment reprendre une vie relationnelle fluide.

Le besoin d’être aimé et reconnu 

A chaque fois que l’on vit la relation comme un enjeu, cela crée un surinvestissement. Les échanges sont faussés dès le départ. On a la sensation de passer un entretien d’embauche ou de devoir se justifier à propos de tout et de rien. Ce comportement est la marque d’un manque de positionnement. Je n’agis plus mais je réagis. Autrement dit, je fais tout en fonction de l’autre.

C’est un comportement particulièrement fréquent chez les hypersensibles, les personnes ayant dû se sur-adapter. Si vous avez eu un parcours de vie dans lequel les injonctions extérieures étaient très fortes, alors vous cherchez probablement à être reconnu et aimé. C’est un peu comme si vous vouliez avoir une validation permanente de ce que vous ressentez, pensez…

Ici, vous passez constamment par l’autre, vous essayer de comprendre ce qu’il attend de vous pour y répondre et lui « faire plaisir » Opérer cette boucle est épuisant et vous éloigne de vous-même.

Le seul moyen pour parvenir à vivre une relation « normale » est alors de se reconnecter à soi-même fréquemment. Cela nécessite un vrai apprentissage. Avant de répondre, il est indispensable de revenir à soi d’abord, d’écouter son besoin, son envie, sa spontanéité… autrement dit, il faut définir qui l’on est.

Un autre mode fonctionnement consiste à demander à l’autre de combler un manque intérieur : lorsqu’on vit un manque, une frustration, on va chercher à l’extérieur ce qu’on ne contient pas. Il semble assez naturel de vouloir obtenir ce qui nous apaise, ce qui nous fait nous sentir bien, entier. C’est pourquoi notre réaction première est de demander inconsciemment à l’entourage de combler notre frustration. C’est ce que fait un enfant : « J’ai peur : je veux qu’on me rassure… » « J’ai faim : je veux qu’on me nourrisse… »

Pourtant, dans une vraie rencontre, l’autre ne peut pas combler ces espaces de vide intérieur. Ce rôle vous revient, avec l’aide éventuelle d’un professionnel, qui a le recul, les compétences pour vous aider à réaliser vos zones d’inconfort…

C’est pour cela d’ailleurs que lorsqu’on rencontre une personne à laquelle on demande inconsciemment de jouer ce rôle, on ressort déçue. Elle n’a en effet ni le pouvoir, ni le désir de combler nos vides. Nous seuls pouvons construire ce qui demande à l’être.

Ce qui est intéressant en revanche, c’est que cet autre va servir de révélateur de nos manques. En cela, une rencontre, quelles que soient les circonstances, est une opportunité pour grandir en maturité et en connaissance de soi.

Le premier principe est donc de comprendre qu’une relation saine ne peut être basée sur le besoin de plaire, que nous n’avons pas à plaire aux autres parce que c’est contraire au fait d’être soi-même. Voici une histoire qui illustre le phénomène du conformisme :

« Nasr Eddine vient d’apprendre que le juge de la ville, ayant obtenu une promotion, organise un grand festin, où sont invités tous ses concitoyens. Nasr Eddine décide de s’y rendre. Quand le gardien le voit vêtu de son manteau usé et froissé, il le relègue dans un coin perdu, loin du grand buffet et des convives de marque. Pensant qu’ainsi il ne pourra même pas manger des restes, Mollah, vexé, se lève et regagne son domicile. Chez lui, il sort un manteau tout neuf du placard, se coiffe de son turban réservé aux grandes circonstances, peigne soigneusement sa barbe et retourne au festin.

Cette fois, il est accueilli avec respect par le même gardien, qui le fait asseoir tout prêt du buffet garni des meilleurs plats. Nasr Eddine plonge la main, saisit une cuisse d’oie grillée et la frotte contre ses habits de prince. Etonné par ce comportement, le juge demande à Nasr Eddine de lui expliquer les raisons de son geste. -C’est facile, répond Nasr Eddine. C’est bien grâce à ce manteau et ce turban que je suis assis à cette place. C’est eux qui sont accueillis à cet endroit et pas moi. Je leur donne alors la part qui leur revient.»

Nous comprenons ici que les relations vécues de cette façon ne peuvent nous apporter ce dont nous avons besoin intérieurement. Cela crée un tiraillement qui perdure chez toute personne qui ne s’est pas définie. Étymologiquement, le mot latin « persona » signifie le « masque de l’acteur ». Ce masque incarnait un personnage et permettait également de porter la voix au loin pour être entendu des spectateurs.

« Per-sonare », c’est parler à travers. Choisir de parler par l’intermédiaire du monde, des conceptions d’autrui, conduit à un génocide intérieur. Le conformisme vole l’essence de l’homme, et l’éloigne de son cœur. Chaque fois que nous portons l’habit du monde, nous sommes ainsi réduits à régaler notre tunique au lieu de nous nourrir intérieurement.

Parvenir à une vraie rencontre passe donc d’abord par le fait de se montrer tels que nous sommes. Être authentique, ne pas chercher à plaire est le préalable à une véritable rencontre. C’est d’ailleurs de cette façon que les rencontres évoluent de façon significative. Elles deviennent plus justes, plus enrichissantes et épanouissantes.

 

L’autre est un miroir 

Si vous recherchez ce qui vous est familier, cela trahit souvent un besoin de vous rassurer, et d’apprendre à vous définir. Lorsque vous ressentez le besoin fréquent qu’on vous confirme que vous pensez de façon juste, vous remettez votre libre-arbitre entre les mains d’autrui. Ce besoin de validation extérieure vous met en danger de devenir la « victime » de personnes qui aiment manipuler. Vous êtes le seul créateur et le seul gardien de vos convictions, de vos croyances. Ceci est en lien avec votre liberté originelle, que personne ne peut vous ôter. Cette liberté reste cependant à conquérir.

Toute personne qui a connu le phénomène de la manipulation, sait au fond d’elle-même qu’elle a été « abusée » dans un moment de faiblesse. Elle a confié son pouvoir à quelqu’un d’autre.

Reprendre les rênes de sa vie, c’est se réapproprier son propre pouvoir. Il s’agit là d’un vrai travail quotidien pour se reconnecter à sa force intérieure sans laquelle on ne parvient à exister qu’au travers d’autrui. C’est ce qu’on appelle l’autonomisation, qui concerne les domaines affectif, matériel et spirituel. Jung appelait ce passage initiatique de l’être le principe d’individuation. « J’apprends à me connaître et à me montrer tel que je suis réellement à l’intérieur de moi. »

L’autre révèle ce que j’ignore chez moi, ce que je fuis, ce que je n’aime pas. La vie étant bien faite, la rencontre n’est justement pas le fruit du hasard. Selon les cas, elle interroge, elle énerve, elle rassure, elle fait du bien, elle laisse indifférent…

Dans ce qui vous énerve par exemple, vous pouvez retrouver une chose qui vous déplaît chez vous. Vous vous trouvez trop timide, et vous êtes face à une personne encore plus timide que vous. Elle ne parvient pas du tout à s’exprimer. C’est une sorte de caricature du problème que vous vivez. Et cette caricature est insupportable, grostesque à vos yeux. Vous êtes alors face à ce que vous avez à travailler pour vous libérer.

A l’inverse, le comportement gênant peut être à l’opposé de qui vous êtes et de vos valeurs. Si vous vous retrouvez fréquemment dans une même situation, face aux mêmes comportements irrespectueux par exemple, c’est pour vous donner l’occasion de vous affirmer. Oser se positionner permet de devenir, d’assumer cet être qui doit s’exprimer. C’est le moment de montrer que vous êtes « autre », de faire surgir celui ou celle qui demande à exister. On vous présentera régulièrement des gens qui ne respectent pas les limites d’autrui, qui sont « sans gêne » et vous paraissent grossiers… jusqu’à ce que vous appreniez à établir vos frontières.

A ce moment-là, votre entourage évoluera car vous aurez dépassé votre difficulté. Même si ce type d’individu se présentait à nouveau devant vous, vous seriez capable de le remettre à sa place. Mieux encore, il comprendrait intuitivement qu’il ne peut pas jouer à ça avec vous.

 

Parvenir à un dialogue véritable 

vivre des relations vraies simplement

Lorsque nous nous sommes définis, le deuxième préalable est de bien comprendre que l’autre n’est pas nous !

Cette réflexion peut facilement passer pour une boutade et pourtant… Très souvent, même si nous savons intellectuellement que l’autre est différent de nous, nous aimerions tant qu’il soit comme nous !

Cela signifie concrètement que nous voudrions que l’autre réagisse comme nous le souhaitons, comme nous attendons qu’il le fasse. Certaines réflexions intérieures trahissent ce phénomène : « mais moi, je n’aurais pas fait… ou moi, j’aurais fait… » « C’était pourtant évident que… » Chaque fois que vous auriez trouvé « normal » que l’autre agisse d’une certaine façon, c’est que vous avez raisonné en fonction de vous. Cela montre aussi que vous attendiez quelque chose. Peut-être était-ce si « évident » que vous ne l’avez pas exprimé ?

Un premier secret d’une relation saine est d’intégrer que l’autre est un univers entièrement différent du nôtre. Il a ses propres conceptions de la vie, ses propres attentes et modes de fonctionnement. Et même, son propre « vocabulaire » ! Combien de fois les êtres ne se comprennent-ils pas parce qu’ils ne mettent pas les mêmes concepts derrière les mots ? Pour entendre ce que l’autre veut dire, il est important d’entendre ce qui est dit « derrière les mots. » Un mot peut en cacher un autre ! Pour l’un, le mot amour va signifier don de soi et pour l’autre, emprisonnement ou peur de devoir répondre à des attentes extérieures face auxquelles il est submergé.

De la même façon, une réflexion peut contenir un message caché : « Tu es tout le temps au travail » veut bien souvent dire « J’ai envie de te voir, de passer un moment avec seul toi… »

Ce souci de communication est au cœur des problèmes relationnels. Pour bien se comprendre, énoncer clairement ses désirs et ses besoins est primordial. Partir de soi, de son ressenti permet de ne pas mettre l’autre en accusation et de parler de sa justesse intérieure, celle qui ne peut être remise en question.

Parler de l’autre, c’est souvent parler à sa place, projeter sur lui des choses qui ne lui appartiennent pas forcément. Il se sent alors mis en accusation et a des difficultés à recevoir ce que vous lui dites. Si vous exprimez votre ressenti, il pourra s’ouvrir à votre demande, et y répondre plus justement.

Plus que tout, la véritable rencontre s’entend comme le fait d’aller vers… L’autre est un inconnu, un mystère à déchiffrer. Pour y parvenir, il faut lui créer un espace dans lequel il va pouvoir exister. Un des préalables est donc l’écoute, une écoute active dans laquelle on accepte volontairement de se mettre en retrait. « Qui es-tu, toi, cet inconnu, qui est devant moi ? » Je ne projette rien, je n’attends rien. Je crée un espace de liberté dans lequel il va pouvoir s’exprimer. Pour parvenir à cela, je m’annule totalement, je ne pense pas à ce que j’ai en commun avec lui, ou ce qui est différent de moi car je ne cherche pas à écouter en fonction de ma vie ou de mes croyances !

Ce mode relationnel est en fait un acte d’amour, qui demande d’apprendre à s’effacer pour laisser l’autre exister. Si cet « inconnu » fait la même chose avec moi, alors nous vivons ensemble une vraie rencontre. C’est un acte de co-création extraordinaire. Chacun donne de son écoute, de son attention, sans attendre quoi que soit.

Chacun se sent libre d’être lui-même, ne ressent aucun jugement puisqu’il n’y en a pas ! Et nous avons ainsi accès à une part d’infini de l’autre. Une telle rencontre ne peut laisser ni indifférent, ni dans l’ennui. Elle nous mène au contraire vers l’essentiel, c’est-à-dire vers l’essence de l’être.

C’est ce qu’on appelle une rencontre d’âme à âme, sans fioritures ni faux-semblants. Cela ouvre accès à la vérité de chacun. Et lorsque deux vérités se rencontrent, une histoire se crée. On peut entendre ici une histoire « secret ». On touche alors au mystère, à l’alchimie de la rencontre.